En 2003, un télescope fixa pendant onze jours une portion de ciel grande comme un grain de sable — choisie précisément parce qu'on n'y attendait rien. Il en revint avec dix mille galaxies.
Ce cliché ouvre un livre consacré à un manque étrange et étonnamment persistant, au cœur d'un siècle par ailleurs d'observations extraordinaires. En quatre-vingt-dix ans, la radioastronomie est devenue remarquablement compétente pour répondre à la question qu'y a-t-il là-bas — cataloguant les sources, résolvant leur structure, étudiant le ciel objet après objet. Elle n'a jamais appris à répondre systématiquement à une seconde question, plus discrète : combien de tout cela, en somme, arrive réellement ici ?
Ce livre raconte l'histoire de ce manque à travers les personnes qui, sans le savoir, ont tourné autour de lui pendant des décennies — Karl Jansky, aux prises avec des parasites pour une compagnie de téléphone ; Grote Reber, dressant seul la carte du ciel dans son jardin ; des équipes rivales, s'efforçant pendant des décennies de fixer la luminosité « constante » du Soleil, pour découvrir qu'elle ne l'était pas du tout.
C'est aussi un livre sur ce qu'il faudrait pour enfin poser cette question comme il se doit : un instrument construit non pour regarder, mais pour écouter ; un programme de mesure en cinq phases, délibérément conçu pour mériter confiance même — surtout — si la réponse s'avère négative ; et une seconde question, plus étrange encore, logée sous la première — si quelque chose de ce qui arrive du ciel est organisé, chose que personne n'avait songé à chercher auparavant.
Ce n'est pas un livre sur une découverte déjà faite. C'est un livre sur une mesure qui reste à effectuer — et sur les raisons de l'effectuer malgré tout.